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Retour au Petit-Nanterre
Article paru dans "Le 92", Le mensuel du conseil général des Hauts-de-Seine
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A Nanterre, pour "parler en paix" on apprend l'arabe et l'hébreu
L'Egalité des chances, marketing social ?
L'Egalité des chances, marketing social ?
Chômage, précarité, discriminations, pauvreté, la détresse sociale touche aujourd'hui des millions de personnes en France.
Comment aider ces citoyens à trouver leur place au sein de la République ?
Comment rompre avec les images stéréotypées des banlieues trop souvent véhiculées par les médias et les politiques ?
Quels sont les moyens de lutter contre le chômage de masse qui sévit dans certaines zones?
Comment favoriser les initiatives et la création d'entreprises dans les quartiers dits sensibles?
Pour qu'égalité rime un jour avec réalité, Zy'va a invité le 06 décembre 2005 de nombreux acteurs de la scène sociale, économique, culturelle et politique à débattre de ces problématiques.
Face à un public aussi nombreux que cosmopolite, ces acteurs étaient réunis autour de deux tables rondes : la première, animée par notre président Améziane, sur le thème des discriminations ; la seconde, animée par André Jaunay, sur l’entrepreneuriat dans les quartiers.
Participants de la première table ronde :
*Yazid Chir, co-président du Medef 93 et chef d'entreprise
* Daniel Duchemin, directeur adjoint du FASILDIle-de-France
* Marie-Laure Meyer, maire adjointe à la vie économique, à l'emploi et conseillère régionale
*Jamila Ysati, auteur de « Beurs, blacks en entreprise », enseignante chercheuse et cadre d’entreprise
* Karim Zeribi, président d'APC
Participants de la seconde table ronde :
* Najma Belhadj, créatrice du salon Nahda
*Yacine Djaziri, chef de l’entreprise d’insertion dans le bâtiment BATI-CINO
*André Jaunay, chef du département création d’entreprises au conseil régional d’Ile-de-France, auteur du « Guide de l’initiative », et bénévole à Zy'va
* Aziz Senni, auteur de "L'ascenseur social est en panne j'ai pris l'escalier" et chef de l’entreprise de taxis collectifs ATA
Première table ronde : les discriminations
Les discriminations à raison de l’origine ethnique sont prohibées par la déclaration des droits de l’homme de 1789, la charte des Nations Unies de 1945, le préambule de la constitution de 1946, l’article 1 de la constitution de 1958 et la convention internationale sur l’élimination de toutes formes de discriminations de 1965 (ratifiée par la France en 1971). S’ajoutent à cela la loi du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme, renforcée ensuite par la loi Lellouche de 2003 (qui institue pour de nombreuses infractions une circonstance aggravante de motivation raciste), ou plus récemment la création de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE), présidée par Louis Schweitzer.
Malgré cet arsenal juridique, les pratiques discriminatoires, bien qu’illégales, sont extrêmement répandues et socialement admises. Les contentieux sont très rares, la preuve de la discrimination étant particulièrement difficile à apporter mais les témoignages sont nombreux.
Marquées par des préjugés, ces pratiques conduisent à exclure ceux qui sont considérés comme différents, notamment dans trois domaines : le logement, les loisirs et le travail.
Dans les quartiers populaires, le taux de chômage est souvent supérieur à 30%. A catégorie socio-professionnelle équivalente, il demeure 1.5 à 3 fois supérieur à la moyenne nationale. La situation est encore plus critique pour les jeunes puisqu’il avoisine voire dépasse 50%.
La moindre qualification d’une partie de cette population ne peut à elle seule expliquer ces chiffres anormalement élevés. Le phénomène discriminatoire apparaît comme l’une des causes principales de cette situation. Le faciès, le patronyme, l’origine ethnique, le lieu de résidence sont autant de critères discriminatoires. Quel est l’ampleur du phénomène ? Difficile de le savoir précisément d’après Marie-Laure Meyer dans la mesure où la législation ne permet aujourd’hui que l’utilisation du critère de nationalité pour élaborer des statistiques. Des études ont d’ailleurs montré la complexité du phénomène discriminatoire. En effet, comme le souligne Daniel Duchemin, il prend parfois une forme indirecte ou systémique découlant de la politique d’urbanisation, de la carte scolaire et de l’attitude collective de différents acteurs du marché du travail : élus locaux, associations, ANPE, agences d’intérim, centres d’apprentissage, chefs d’entreprise, cabinets de recrutement, etc… Ainsi des pratiques apparemment neutres conduisent à exclure des personnes du monde du travail sans qu’il y ait de la part de chacun de ces acteurs d’intention discriminatoire affirmée.
L’entreprise serait-elle xénéphobe ou raciste ? Jamila Ysati préfère parler d’instinct grégaire. Exacerbé en temps de crise, ilpousse les recruteurs et les chefs d’entreprise à préférer des collaborateurs qui leur ressemblent. Persuadés d’être ainsi entourés de personnes peu susceptibles de leur causer des ennuis, rassurés, ils se privent de la richesse du métissage socio-culturel.
Cet instinct grégaire n’est d’ailleurs pas spécifique au monde du travail, il n’est que le reflet des maux de la société. Preuve que la France traverse une crise identitaire, celui qui ne ressemble pas fait peur…
Autre type de discrimination : les dérives sémantiques. Quartiers chauds, minorités visibles, beurs, français issus de l’immigration, autant de formules qui contribuent à stigmatiser les banlieues et leurs habitants. A l'heure où les inégalités et les discriminations à l'emploi ou au logement sont montrées du doigt, cette forme de discrimination est sans doute la plus dangereuse. Quotidienne et insidieuse, elle contribue à entretenir les préjugés dans l'inconscient collectif et à les banaliser. Alors que la France traverse une crise identitaire, elle gangrène la société en exacerbant l'instinct grégaire. Comment changer le regard de la société sur les banlieues? En médiatisant les initiatives dans les quartiers, ne serait-ce qu’au niveau local afin que leurs habitants ne soient plus assimilés à ces jeunes à capuche à la démarche élastique dont les médias sont si friands.
Les discriminations sont-elles une fatalité ? Certainement pas et les moyens de lutter existent.
Selon Karim Zeribi, elles sont générées et entretenues par trois problématiques, c’est sur elles qu’il faut travailler :
1 ) la fracture territoriale. La politique d’urbanisation est à l’origine de nombreux maux dont souffre la France, bien que tous ne puissent lui être imputés. En assignant à résidence toute une partie de la société française, elle contribue à la formation de ghettos socio-culturels.
2 ) la misère sociale. Le taux de chômage atteint des taux record de 40% dans certains quartiers populaires.
3 ) la crise identitaire que traverse le pays. La société française a du mal à assumer la diversité culturelle et le métissage qui font toute sa richesse.
L’angle d’attaque est sans doute celui du social qui n’est que le reflet de la santé économique du pays. Voir l’économie prospérer jusque dans les quartiers les plus populaires permettrait d’éradiquer la misère sociale. Comment y parvenir ?
En incitant les entreprises installées dans les banlieues populaires à participer activement à la vie socio-économique de la ville.
Aujourd’hui, le taux de chômage des jeunes haut diplômés (> Bac+4) est cinq fois plus élevé dans le 93 que dans les autres départements. Parmi les objectifs du Medef 93, la lutte contre l’image négative du département de la Seine-Saint-Denis et l’amalgame qui est encore trop souvent fait entre petite délinquance et habitants des quartiers populaires. Pour cela, le Medef a lancé l’opération « Nos quartiers ont des talents ». Des passerelles ont ainsi été mises en place entre les entreprises et les jeunes haut diplômés ayant des difficultés à trouver un emploi. Les entreprises partenaires se sont engagées à analyser l’exhaustivité des 200 CV qui leur avaient été transmis et à apporter une réponse à chacune de ces candidatures dans un délai de deux mois. Le bilan est attendu pour mi-février.
Autre moyen de lutter contre la misère sociale : jouer la carte politique. Dans les quartiers populaires, le taux d’abstention atteint 60 à 70%. Face à des élus dans lesquels ils ne se reconnaissent pas ou qui ne sont pas crédibles à leurs yeux, nombreux sont ceux qui se désintéressent de la vie politique. Difficile dès lors de se faire entendre des décideurs politiques, de faire valoir ses droits et d’obtenir de réelles mesures destinées à sortir de la détresse. Pour que les promesses laissent place aux actions, un sursaut civique s’avère indispensable. Si l’on peut refuser l’accès à certains loisirs ou fonctions pour délit de faciès ou de patronyme, le bureau de vote demeure lui, ouvert à tous les citoyens français quels qu’ils soient. C’est le moyen le plus simple et le plus efficace pour que sa voix et ses attentes soient prises en considération. C’est donc par les urnes que la « révolution » doit commencer.
Seconde table ronde : l’entrepreneuriat dans les quartiers
Avec 205 644 nouvelles entreprises recensées de janvier à novembre 2005, la création pure d’entreprise se porte bien sur le territoire français. Après une période de régression au début de années 90, le nombre des créations ne cesse de croître depuis 1998, la hausse la plus significative ayant été enregistrée entre 2003 et 2004 (+13%).
En 2004, les créations pures d’entreprise ont généré plus de 403 000 emplois, dont 105 000 pour la seule région Ile-de-France.
Si 25 % des français avouent être tentés par la création d’entreprise ou le travail à leur compte, ils ne sont que 9% à concrétiser leur projet. Pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux à sauter le pas ?
Principal obstacle à la création : le manque de soutien. Le financement et la solitudesont les premières raisons qui conduisent les graines de créateurs à renoncer à leur projet.
A l’instar d’Aziz Senni qui déplore des relations trop difficiles avec les banques, nombreux sont ceux qui, manquant de capitaux pour démarrer, se heurtent à la frilosité des organismes financiers pour accompagner leur projet. Ces derniers sont encore trop peu audacieux et demeurent réticents à la prise de risques aux côtés des créateurs. Aziz Senni a d'ailleurs échangé sur cette question avec les représentants du Crédit Coopératif, partenaire de Zy'va, que nous remercions pour leur participation au débat.
Les créateurs regrettent également le manque d’accompagnement dans leur projet. En effet, les actions des chambres de commerce ou des chambres de métiers diffèrent parfois selon les régions. L’une accompagne, l’autre finance, une troisième accompagne et finance… Une homogénéisation des dispositifs d’aides aiderait les candidats à la création à se sentir moins perdus. Au parcours administratif jugé complexe et fastidieux s’ajoute parfois un entourage réticent. A ce stade, les créateurs cherchent souvent conseil auprès de leur famille, leurs amis ou leur environnement professionnel. Mais les encouragements ne sont pas toujours au rendez-vous. Il ne suffit pas d’avoir une vague idée ou un grand désir de créer une entreprise pour que cela fonctionne. Il faut aussi avoir la « gnack » et croire en son rêve car c’est en étant convaincu soi-même que l’on peut parvenir à convaincre les autres.
Si la création d’entreprise n’est pas à la portée de tous, elle est néanmoins à la portée de beaucoup selon Najma Belhadj qui souhaite la démystifier. Si les embûches sont nombreuses à parsemer le chemin qui mène à la tête de sa propre entreprise, elles demeurent surmontables.
Autre obstacle soulevé par Yacine Djaziri : l’absence de réseau. Difficile de croiser sur son chemin des entrepreneurs ou des décideurs lorsque l’on habite les quartiers populaires et que la carte scolaire n’autorise les jeunes qu’à évoluer au milieu de leurs voisins de palier. Face à cette situation, une seule solution : sortir du quartier et faire parler de soi. Participer à des concours de jeunes créateurs pour renforcer sa crédibilité, médiatiser les initiatives dans les quartiers (même au niveau local) est un bon moyen de construire et entretenir son réseau.
Outre la fonction économique, l’entreprise a aussi une fonction citoyenne souvent occultée. La mise en place d’un couvre-feu (d’une durée limitée) sur les charges sociales pour les entreprises recrutant des jeunes issus des quartiers permettrait à ces derniers d’intégrer plus facilement le monde du travail et de se construire un réseau (les entreprises peuvent devenir très citoyennes lorsqu’il y a des avantages fiscaux à la clé !).
A ce titre, l’initiative de Yacine Djaziri est exemplaire. Créée en 1998, BATI-CINO a pour objectif d’insérer durablement, sur le marché du travail, des personnes en détresse dans le secteur du bâtiment, en leur permettant d’acquérir en deux ans un véritable savoir-faire et un savoir-être. Il s’agit donc de recréer, pour des jeunes en perte de repères, un lien social et professionnel par l'activité économique.
L’after-débat
Agir et agir très vite, telle est l’urgence aujourd’hui.
Ceux qui subissent des discriminations ne gagneront rien à jouer la carte de la victimisation. C’est par leurs initiatives qu’ils peuvent se démarquer et se mettre en valeur. Les habitants des quartiers populaires doivent prendre leur destin en main et ne pas attendre qu’un miracle vienne des pouvoirs public. Car même si mesures il y a, le processus sera forcément long. Quoiqu'il en soit, le droit de vote demeure une arme redoutable contre les lenteurs administratives ou la frilosité des élus à prendre des initiatives. Aux habitants des quartiers de prendre conscience du pouvoir qu’ils détiennent depuis longtemps et dont ils n’usent pas et ce, délibérément. Car si les élus et les recruteurs ont leur part de responsabilité dans la situation de crise que traverse la France, les habitants des quartiers ont également la leur.
Au-delà de la répression, c’est surtout sur le changement de mentalités qu’il faut travailler. Les sanctions ne soignent pas les maux, elles se contentent de les endormir.
Le chantier est de taille puisqu’il s’agit de redonner à la France une véritable identité sociale qui soit à l’image de la mixité culturelle qui fait sa richesse et de faire en sorte que les fondements républicains n’oublient personne. L’école est sans doute le meilleur relais de ce vaste programme : alors que la promotion de la diversité culturelle du pays à travers les cours d’histoire-géographie permettrait d’éradiquer les préjugés au plus tôt, le développement de la culture d’initiative permettrait de former les chefs d’entreprise de demain.
Débattre de problématiques socio-économiques dans les quartiers populaires, une utopie républicaine? Pas pour Zy'va qui, par cette initiative, contribue à œuvrer pour la cohésion sociale et la mixité socio-culturelle. Loin des plateaux télévisés, parents, collégiens, lycéens, élus locaux et acteurs associatifs ont été nombreux à répondre présents, au point que beaucoup d'entre eux n'ont pas trouvé de place pour s'asseoir.
Seule déception de la soirée, le comportement de Karim Zeribi. Zy'va lui adresse un carton rouge pour ne pas avoir participé activement au débat et s'être eclipsé quelques minutes seulement après son intervention sans même prendre la peine de s'excuser ou de saluer le public présent.
Le débat s'est achevé par la dédicace des livres écrits par Jamila Ysati et Aziz Senni. La soirée s'est ensuite poursuivie à la Maison des Parents autour d'un repas préparé par les mamans du quartier.
Ceux qui n'ont pas pu se joindre à nous le 06 décembre peuvent visionner la cassette vidéo du débat. Il suffit pour cela d'en demander une copie auprès de Hafid, notre directeur.
Face au franc succès remporté par cette soirée, Zy'va renouvelle l'opération et vous donne rendez-vous le mardi 07 mars à 19h00 pour un nouveau débat sur le thème du "ghetto scolaire".
Inès pour Zy’va
Contacts utiles pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure de la création :
* Cap Entreprise : programme global d’accompagnement de la Région Ile-de-France associant diagnostic, formation, conseil et suivi (www.iledefrance.fr)
* 13è édition du Salon des Entrepreneurs, du 1er au 03 février 2006 au Palais des Congrès à Paris
* le portail web de l’Agence pour la Création d’Entreprises (www.apce.fr) : incontournable, il contient une multitude d’informations et de conseils pour faire ses premiers pas dans la création (les étapes, à qui s’adresser, comment obtenir des aides…)
* CréaRÎF : opération lancée par le Conseil Régional d’Ile-de-France ayant pour objectif de mettre en relation des porteurs de projets d'économie sociale et solidaire avec les ressources techniques et matérielles nécessaires au lancement ou au développement de leur structure. La date limite d’envoi des candidatures pour 2006 a été fixée au 1er février (www.crearif.org)
* Les Chambres de commerce et d’industrie pour les activités commerciales ou industrielles (www.acfci.cci.fr)
* Les Chambres de métiers et de l’artisanat pour les activités artisanales (www.apcm.com)


