POURQUOI des quartiers réputés «chauds» ne se sont pas embrasés ? La paix se révèle plus subtile à déchiffrer que l'émeute. Influence des trafiquants, soucieux d'opérer en paix ? Emprise d'un islam rigoriste, qui cautionne la ségrégation ethnique ? Parfois. Mais les parents restent les premiers éducateurs. Là, où les familles sont impliquées et soutenues, «ça va mieux», relatent travailleurs sociaux et leaders associatifs. «et cela change tout», «Les jeunes savent que l'on connaît leurs parents, ils biaisent moins», «complicité culturelle».
explique le directeur, qui refuse, dans un quartier majoritairement peuplé de Maghrébins, de fonctionner sur une assure Hafiz Rhamouni, fondateur et directeur de cette structure, qui fonctionne avec 400 000 euros par an. Au lieu d'offrir une aide segmentée, concentrée sur un public, l'association vise la famille dans sa globalité. A Nanterre (Hauts-de-Seine), dans la cité des Pâquerettes, l'association Zy'va accueille depuis douze ans mamans et adolescents ensemble, «Nous ne sommes pas au bled. Nous enseignons les moeurs françaises.» A terme, malgré des résistances, les jeunes apprécient de voir leurs mères «s'épanouir, se normaliser».
L'émancipation des mères
s durant, ces femmes n'auront été que des silhouettes dans la cité, pressées d'aller travailler, de rentrer, de nourrir leurs familles, souvent cantonnées à la maison le soir. «Les maris ne nous laissaient pas traîner dehors, raconte Hakima, en France depuis trente ans. Avec Zy'va, ils ont confiance, on a la liberté. On fait des sorties et on s'amuse.» Meriama, 46 ans, l'approuve d'un rire complice. En arrêt maladie depuis un an, elle «s'ennuie beaucoup à la maison. Heureusement, je prends des cours de français avec Zy'va», raconte cette Algérienne, qui connaît tous les jeunes du quartier.
Une connivence rare, qui tranche avec le fossé entre générations observé ailleurs. Certains adolescents sont là, pressés de se mêler de la conversation, à l'aise avec ces adultes qu'ils fréquentent dans le local de l'association où ils reçoivent un soutien scolaire, comme 280 adhérents de 6 à 20 ans. Oualid, 14 ans, met son grain de sel avec humour. «Ici, tout le monde engueule les jeunes qui traînent le soir : les mamans, même nous. Il faut arrêter de parler de grand frère, ça fait terroriste. Nous sommes juste des citoyens», lance-t-il, couvé du regard par quatre mamans souriantes. Avec la sienne, il parle rarement : «C'est juste bonjour, au revoir, le respect quoi.» Sans Zy'va, Oualid, qui a des difficultés à l'école, aurait probablement décroché.
Comme Mourad, 16 ans, qui montre d'une main «l'échec scolaire» et de l'autre «les tentations, des copains qui te proposent de gagner de l'argent facilement». Il vient de comprendre, «trop tard», qu'il jouait son destin dans ces salles de classe. «En primaire, tu peux chahuter et suivre. Après t'es largué et tu souffres. Je souffre.» Depuis Mourad regarde vers le large, au-delà de la cité : «Il ne faudrait pas nous mettre dans les mêmes classes. Je m'en fous d'aller loin pour étudier. Au contraire, ce serait l'occasion de se créer une autre image, de réussir.» Les mères connaissent les soucis de la ZEP, ces écoles «pour Arabes, que les Français ont désertées». Pour autant, elles ne cèdent pas à la fatalité. Elles dépeignent un avenir à l'image de leur vie, «en amélioration». Cet horizon éclairci explique pour une bonne part le calme des derniers jours aux Pâquerettes quand d'autres cités brûlaient. «Plutôt que de traîner, on va à Zy'va. Y'a de l'ambiance. On y rencontre tout le monde, même les instituteurs !»
This entry was posted on Nov 17, 2005 at 13:56:54 and is filed under Zy'Va à la une. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed, or leave a response (below) .
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